Les feldspaths : orthose, microcline, labradorite et pierre de lune

On parle beaucoup du quartz, mais les minéraux les plus abondants de la croûte terrestre sont les feldspaths. Ils composent une grande partie du granite, des gneiss, des basaltes et de nombreuses autres roches. Pourtant, rares sont les débutants capables de les nommer. Sur une bourse, ils se cachent derrière des noms plus vendeurs : amazonite, pierre de lune, labradorite, pierre de soleil. Voici comment s’y retrouver.
Une grande famille de silicates
Les feldspaths sont des aluminosilicates qui contiennent, selon les cas, du potassium, du sodium ou du calcium. On les divise en deux grands groupes :
- les feldspaths potassiques (ou alcalins) : orthose, microcline, sanidine ;
- les plagioclases, une série continue entre un pôle sodique, l’albite, et un pôle calcique, l’anorthite. Entre les deux se placent l’oligoclase, l’andésine, la labradorite et la bytownite.
Cette notion de « série » est importante : un plagioclase n’est pas une espèce figée, mais un mélange en proportions variables de sodium et de calcium. Les noms intermédiaires désignent des tranches de composition.
Les points communs pour les reconnaître
Tous les feldspaths partagent quelques caractères faciles à tester, que l’on retrouve dans notre méthode pour reconnaître un minéral :
| Propriété | Feldspaths | Quartz (pour comparer) |
|---|---|---|
| Dureté (Mohs) | 6 à 6,5 | 7 |
| Clivage | deux clivages nets, presque à angle droit | aucun |
| Éclat | vitreux, nacré sur les faces de clivage | vitreux |
| Aspect dans le granite | grains blancs, roses ou crème, opaques | grains gris, translucides |
Le critère le plus utile est le clivage. Sous une lampe rasante, un grain de feldspath renvoie des reflets plans, comme de petits miroirs, là où le quartz montre une cassure irrégulière et grasse. Dans un granite, c’est souvent ainsi qu’on distingue les deux minéraux.
L’orthose et ses macles
L’orthose est le feldspath potassique le plus courant. Elle se présente en cristaux trapus, blancs, crème ou rose saumon. C’est elle qui donne leur teinte rosée à certains granites.
Les cristaux d’orthose sont souvent maclés, c’est-à-dire formés de deux individus accolés selon une loi géométrique précise. La macle de Carlsbad, avec ses deux moitiés imbriquées, est un classique des collections. Dans certains granites, de grands cristaux d’orthose, appelés mégacristaux ou « dents de cheval », ressortent nettement de la roche.
Le microcline et l’amazonite
Le microcline a la même composition que l’orthose mais une structure cristalline légèrement différente. Il est généralement blanc ou rose, et sa variété verte à bleu-vert, l’amazonite, est très présente sur les stands. Sa couleur est liée à la présence de traces de plomb et à des défauts du réseau cristallin.
L’amazonite se reconnaît à sa teinte turquoise souvent striée de fines bandes blanches, qui correspondent à des lamelles d’albite. Attention : elle est parfois confondue avec la turquoise ou la chrysoprase, et certaines pierres vendues sous ce nom sont teintes. Nos conseils sur les traitements et imitations s’appliquent pleinement.
Labradorite, pierre de lune et pierre de soleil
Trois feldspaths doivent leur succès à des effets optiques spectaculaires :
- La labradorite, un plagioclase, montre la labradorescence : sous un certain angle, la pierre sombre s’illumine de reflets bleus, verts, dorés, parfois orangés. Ces couleurs ne sont pas des pigments ; elles naissent de l’interférence de la lumière dans de très fines lamelles internes. Il faut tourner la pierre pour trouver l’angle. La variété très colorée de Finlande est connue sous le nom de spectrolite.
- La pierre de lune présente l’adularescence, une lueur laiteuse et bleutée qui flotte à la surface de la pierre quand on la bouge. Elle provient elle aussi de lamelles alternées de deux feldspaths différents.
- La pierre de soleil scintille de reflets orangés ou cuivrés, dus à de minuscules paillettes incluses (souvent d’hématite ou, dans certains gisements, de cuivre).
Ces effets ne se voient bien qu’en pierre polie ou taillée en cabochon. Brute, une labradorite ressemble à une banale roche grise jusqu’à ce que l’on trouve l’angle de la face de clivage.
Où les observer
Les feldspaths sont partout dans les roches magmatiques et métamorphiques. Dans le sud de la France, les massifs granitiques des Cévennes ou du Mont-Lozère en offrent de bons exemples. Les beaux cristaux isolés se trouvent surtout dans les pegmatites, des roches à très gros grains où les cristaux ont eu le temps de grandir.
Pour une collection, quelques pièces suffisent à illustrer la famille :
- un cristal d’orthose maclé ;
- un morceau d’amazonite brute ;
- une plaque polie de labradorite ;
- un éclat de granite où l’on distingue feldspath, quartz et mica.
Ce dernier échantillon, souvent négligé, est l’un des plus parlants pour comprendre la composition d’une roche.
Entretien et conservation
Avec une dureté de 6, les feldspaths se rayent au contact du quartz et s’abîment s’ils voyagent en vrac dans une boîte. Leurs clivages les rendent aussi sensibles aux chocs : une labradorite tombée sur le carrelage peut se fendre selon un plan de clivage. Rangez-les séparément, sur un support souple, comme expliqué dans notre guide pour conserver une collection. Un simple dépoussiérage au pinceau et, si besoin, un rinçage à l’eau tiède suffisent pour les entretenir.
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