La géologie du Gard : des Cévennes à la Camargue en quatre paysages

Peu de départements offrent une telle variété géologique sur une si courte distance. En une heure de route, on passe des schistes et des granites des Cévennes aux garrigues calcaires, puis aux galets roulés des Costières et aux limons de la Camargue. Chacun de ces paysages raconte une époque différente de l’histoire de la Terre. Voici une lecture simplifiée du Gard pour les curieux et les collectionneurs, en complément de notre article sur les fossiles du Gard et d’Occitanie.
Vue d’ensemble
| Ensemble | Roches dominantes | Âge (en grandes lignes) |
|---|---|---|
| Cévennes | schistes, micaschistes, granites | socle ancien, Paléozoïque |
| Bassin d’Alès | grès, schistes, charbon | Carbonifère |
| Garrigues | calcaires, marnes | surtout Mésozoïque |
| Costières, Vistrenque | galets, cailloutis, alluvions | Pliocène et Quaternaire |
| Petite Camargue | sables, limons, dépôts du delta | très récent |
Les Cévennes : le vieux socle
Au nord-ouest du département, les Cévennes appartiennent au Massif central. Les vallées entaillent des schistes et des micaschistes feuilletés, qui brillent au soleil grâce à leurs paillettes de mica. Ces roches sont d’anciens sédiments transformés par la chaleur et la pression lors de la formation d’une chaîne de montagnes très ancienne, la chaîne hercynienne.
Des granites se sont mis en place dans ce socle, comme ceux du Mont-Lozère ou de l’Aigoual. On y observe à l’œil nu le trio classique du granite : quartz gris, feldspaths blancs ou roses et micas noirs ou argentés.
Les Cévennes sont aussi parcourues de filons où circulaient des fluides chauds chargés de métaux. Ils ont donné lieu à une longue histoire minière : plomb, zinc, argent, parfois antimoine. Les promeneurs croisent encore des déblais d’anciennes mines, où l’on aperçoit quartz, pyrite, galène ou blende.
Le bassin houiller d’Alès
Entre Alès, La Grand-Combe et Bessèges, des dépôts du Carbonifère renferment des couches de charbon. Ce bassin a été exploité intensément jusqu’à la fin du XXᵉ siècle et a façonné les paysages et l’histoire sociale de la région. Les schistes qui accompagnent le charbon livrent des empreintes de fougères et de prêles, les plantes des grandes forêts marécageuses de l’époque.
Les garrigues : un royaume calcaire
Autour de Nîmes, d’Uzès et dans une bonne partie du centre du département, dominent les calcaires, déposés au fond de mers chaudes au Mésozoïque. Le paysage de garrigue, avec ses chênes kermès, ses lapiaz et ses murets de pierre sèche, repose sur ces roches.
Le calcaire est soluble dans l’eau légèrement acide. Au fil du temps, l’eau a creusé des gorges, comme celles du Gardon, et un vaste réseau souterrain : grottes, avens, résurgences. C’est le domaine du karst. On peut y observer de la calcite sous toutes ses formes : concrétions, cristaux en dents de chien dans les fissures, croûtes blanches. Rappelons que les concrétions des grottes ne se prélèvent pas : elles mettent des milliers d’années à se former.
Autour du Pont du Gard, on trouve aussi un calcaire plus récent, riche en débris de coquillages, utilisé comme pierre de construction depuis l’Antiquité.
Les Costières et la plaine
Au sud de Nîmes, le plateau des Costières est couvert de galets roulés, très arrondis, souvent de quartzite. Ils ont été apportés par d’anciens cours du Rhône et de la Durance, à une époque où ces fleuves ne coulaient pas comme aujourd’hui. Ces galets, qui emmagasinent la chaleur, sont célèbres dans les vignobles.
La plaine de la Vistrenque, puis la Petite Camargue, sont formées d’alluvions et de sables récents. Ce sont des terrains très jeunes, construits par le fleuve et la mer. Les minéraux y sont surtout des grains de sable : quartz, débris de calcaire, minéraux lourds sombres apportés par le Rhône.
Ce que l’on peut observer et collecter
Pour un amateur, quelques idées d’observation :
- une série de roches : schiste à mica, granite, calcaire, galet de quartzite ;
- des cristaux de calcite et de quartz dans les fissures ;
- des minéraux métalliques sur d’anciens déblais miniers, pour qui sait les reconnaître (voir reconnaître un minéral).
Prudence sur les anciens sites miniers
Les anciennes mines des Cévennes ne sont pas des terrains de jeu :
- Ne pénétrez jamais dans une galerie : effondrements, puits masqués, air vicié.
- Respectez la propriété privée et les interdictions d’accès.
- Certains déblais contiennent des métaux toxiques, comme le plomb ou l’arsenic : pas de pique-nique sur place, lavage des mains, et aucun échantillon à portée des enfants. Notre article sur les minéraux toxiques détaille ces précautions.
Avec une carte géologique et un peu d’attention, une simple randonnée dans le Gard devient une leçon d’histoire de la Terre, sans qu’il soit nécessaire de rapporter le moindre caillou.
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